Le cuir

Le cuir est aujourd’hui une matière tout à fait banale. On achète ce que l’on nous vend sans se poser de question, l’utilisation du cuir n’est donc pas remise en cause.

Cependant, le cuir a un coût bien plus important que le prix sur l’étiquette. Il faut au préalable tuer et écorcher des animaux. La plupart sont des animaux d’élevages. Bovins pour la majorité (65% du cuir mis sur le marché), mais aussi de chèvres, crocodiles, autruches, cochons… Certaines peaux proviennent également d’animaux sauvages, comme les kangourous ou les serpents.

L’industrie du cuir fonctionne souvent avec l’industrie de la viande. En effet certaines peaux proviennent d’animaux que l’on exploite aussi pour leur viande. Ces industries s’entretiennent mutuellement, le cuir représentant généralement environ 10% du prix de la carcasse.En France, on produit notamment du cuir de veau pour l’industrie du luxe. La majeure partie provient des races laitières, souvent des Holstein, ces vaches noires et blanches, mais les peaux les plus prisées sont celles des races à viandes (Salers, Charolaises…), des races croisées et surtout celles des veaux ayant entre 3 et 4 mois, désignés par l’appellation de « veaux sous la mère », car leur peau est encore fine et souple.

vache veau

Vache et veau Charolais

Malgré tout le cuir ne peut pas être vu comme un sous-produit. Il s’agit d’une réelle industrie entraînant le même type de problèmes éthiques et environnementaux que les autres élevages.

Quelque soit l’espèce, les animaux vivants dans des fermes d’élevages font face des conditions de vie en totale inadéquation avec leurs besoins. Qu’il s’agisse de vaches, de chèvres, de crocodiles, ils sont la plupart du temps entassés les uns sur les autres. Dans certains élevages bovins, leurs mouvements peuvent être limités afin de réduire les risques de blessures, qui pourraient amoindrir la qualité du produit final. Quant aux crocodiles, animaux solitaires, ils vivent dans des bassins surpeuplés, ce qui accroît leur agressivité.

crocodile

Ferme d’élevage de crocodiles au Botswana

La mise à mort des animaux est violente. Elle a lieu soit dans un abattoir, où les animaux sont assommés puis égorgés, ou de façon plus artisanale, notamment pour les animaux exotiques, qui ont le crâne fracassé ou la nuque brisée.

Le cuir provenant d’animaux sauvages n’est pas plus éthique. L’Australie, par exemple, produit et exporte énormément de cuir de kangourou, utilisé principalement dans le milieu sportif (ballons, gants, chaussures, combinaisons…). Les animaux sont massacrés par les chasseurs, qui n’hésite pas à décimer des espèces entières, 5 d’entre elles ont totalement disparues, et 4 sont au bord de l’extinction. Malgré cela, 7 espèces sont toujours classées comme espèces « commerciales ». Le gouvernement australien soutient massivement ce massacre car le cuir de kangourou rapporte énormément d’argent. Pourtant, le kangourou joue un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes australiens.

Quelque soit la provenance, la transformation de la peau en cuir est néfaste. L’impact écologique est énorme, comme le montre les deux exemples les plus parlants, le Brésil et le Bangladesh.

Au Brésil, les élevages bovins (autant pour le cuir que pour la viande) sont responsables des 2/3 de la déforestation de l’Amazonie. En effet, c’est une industrie qui nécessite énormément de terrain, que ce soit pour la production de la nourriture des animaux ou pour l’implantation des hangars dans lesquels vivent les animaux.

Le Bangladesh, principal fournisseur de la grande distribution européenne, possède de grandes tanneries dans lesquelles travaillent une main d’œuvre très peu payée, permettant de proposer des cuirs à bas prix. La majeure partie des tanneries est concentré dans un des lieux les plus pollués du monde, le quartier de Hazaribag, à Dhaka, capitale du pays. Comme le montre le documentaire Hazaribag, cuir toxique, des litres d’eau colorée remplie de produits chimiques sont déversés quotidiennement dans le Buriganga, la rivière qui traverse la ville. Les tanneries sont donc responsables de la pollution du Buriganga qui est l’une des rares sources d’eau pour les habitant.e.s, et la troisième rivière la plus pollué du monde.

tanneries Bangladesh

Le Buriganga, pollué par les tanneries

Cette pollution est due aux nombreux produits chimiques nécessaires à la transformation et à la conservation des peaux. En effet, une fois arraché à l’animal, la peau devient un matériau périssable, de la chair morte qui pourrit, et qui a besoin de traitements importants pour ne pas s’altérer. Ces traitements, nocifs pour l’environnement, nécessitent également une grande quantité d’eau. Pour le tannage d’un kilo de cuir, on gaspille 35 litres d’eau.

Le tannage, consistant à transformer les peaux en cuir en les rendant plus durables et plus souples, s’effectue principalement aux sels de chromes, parfois aux sels d’aluminium. C’est un processus de plusieurs jours durant lesquels les peaux macèrent dans de grandes cuves. Une fois les peaux sorties des cuves, il reste une grande quantité de résidus de sels, sous forme de boue. Ces résidus dangereux doivent être neutralisés chimiquement, ce qui demande l’utilisation de produits chimiques supplémentaires, tels que l’oxyde de magnésium, la chaux ou la soude. Il n’y a pas beaucoup de solutions pour se débarrasser de cette boue, considérée comme un déchet industriel spécial. Elle est donc stockée puis enfouie dans les décharges de classe 1, destinées aux déchets dangereux.

L’étape suivante est celle de la coloration, au cours de laquelle des colorants contenants des métaux lourds et des composés organiques halogénés (trichloéthylène, le perchloroéthylène…) peuvent être utilisés.

Face aux critiques sur l’aspect écologique du cuir, une partie de l’industrie a réagit en se tournant vers un tannage aux tanins, un procédé ancien et utilisant moins de produits chimiques. Les tanins sont des molécules végétales que l’on trouve dans diverses parties des végétaux : fruits, feuilles, écorces, pépins. La saturation en tanin des peaux permet de les conserver et utilise moins de produits nocifs. En raison de ce traitement, certaines boutiques n’hésite pas à qualifier ce cuir « végétal », ce qui est totalement mensonger. Il reste la peau d’un animal, et ne doit pas être confondu avec les vrais cuirs végétaux qui sont intégralement fabriqués à partir de matières végétales.

Un cuir fait à base de fibre d’ananas est en train d’être développé. Extraites des feuilles des plantations d’ananas qui ne sont pas utilisées, ces fibres sont une alternative éthique de qualité. Ce qui n’est pas le cas de tous les similis cuir, tels que le skaï, constitué de polychlorure de vinyle (PVC) ou de polyuréthane qui ont aussi une empreinte écologique importante.

La production de cuir a également un coût humain important.

La plupart des tanneurs se fournissent en Asie où la main d’œuvre est moins chère. Les ouvriers travaillent dans des conditions plus que déplorables, pataugeant dans les produits toxiques, les manipulant avec peu ou pas de protection. Ces substances extrêmement dangereuses rongent les pieds et les mains des travailleurs jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus travailler. A long terme, beaucoup développent des maladies graves. Les taux d’accidents et de décès sont très élevés.

tannery worker
Aucune loi n’encadre le travail dans les tanneries. Effectuant des journées de plus de 12h, 7 jours sur 7, les employé.e.s gagnent entre 25 et 40 euros par mois, et il n’est pas rare de croiser des enfants dans ces usines.
On se souvient de l’effondrement de l’immeuble Rana Plaza à Dhaka, Bangladesh, en avril 2013, faisant plus de 1200 morts.

Il est facile aujourd’hui de ne pas porter de cuir. De nombreuses matières synthétiques ou végétales existent, et de plus en plus de marques proposent des alternatives plus que satisfaisantes.

Des marques comme Vegetarian Shoes proposent des chaussures, mais aussi des ceintures, des sacs, des portefeuilles, toute une gamme de produits imitant le cuir mais fabriqués avec des matériaux respectueux des animaux, des humain.e.s, et de l’environnement.
De plus en plus de marques 100% végétales voient le jour, couvrant un large panel de prix et de modèles.

Cette liste (en anglais) regroupant de nombreuses marques de chaussures peut également vous aider : vous trouverez de nombreuses informations : l’existence ou non d’une offre vegan, l’origine des colles et teintures utilisées, la réponse donné par l’entreprise, et les conditions de travail des employé.e.s.

L’utilisation du cuir n’est plus justifiable. Il s’agit d’une véritable industrie, basée sur l’exploitation et la souffrance des animaux, considérés comme des ressources à notre disposition. Une industrie qui exploite également celles et ceux qui travaillent dans les usines de traitement, au mépris de leur santé et de leur sécurité, pour un salaire misérable. Une industrie polluante, qui détruit l’environnement. En portant du cuir, c’est tous les aspects de cette industrie que nous soutenons. Il est temps d’enlever le cuir de nos armoires !

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